C’est la question qui revient à chaque fin de bail : cette trace, ce trou, cette tache, est-ce un dégât locatif à charge du locataire, ou simplement l’usure normale d’un logement habité ? La réponse détermine le montant retenu sur la garantie locative — et la probabilité d’un litige.

Synthèse pratique à jour en octobre 2026, qui ne constitue pas un avis juridique. L’appréciation finale revient, en cas de désaccord, au juge de paix.

Le principe

Le locataire doit restituer le bien dans l’état où il l’a reçu, tel que décrit dans l’état des lieux d’entrée. Mais il n’est pas responsable :

  • de l’usure normale, c’est-à-dire la dégradation inévitable liée à un usage normal du bien ;
  • de la vétusté, c’est-à-dire le vieillissement des matériaux avec le temps ;
  • des vices de construction et des cas de force majeure.

Un dégât locatif, à l’inverse, résulte d’un usage anormal, d’un défaut d’entretien à charge du locataire, d’un accident ou d’une négligence.

Les critères pour trancher

Face à une différence entre l’entrée et la sortie, quatre questions aident à qualifier le constat.

1. La dégradation était-elle évitable ?

Un parquet légèrement terni dans les zones de passage après plusieurs années est inévitable. Une rayure profonde laissée par un meuble traîné ne l’est pas.

2. Quelle est la durée d’occupation ?

Ce qui est normal après neuf ans ne l’est pas après six mois. Plus le bail est long, plus l’usure acceptable est importante.

3. Le locataire a-t-il rempli ses obligations d’entretien ?

L’entretien courant incombe en général au locataire : détartrage, nettoyage des joints, entretien annuel de la chaudière selon les clauses du bail, remplacement des ampoules… Des joints de douche noircis faute de nettoyage relèvent du défaut d’entretien ; des joints fissurés après quinze ans relèvent de la vétusté.

4. Un signalement a-t-il été fait ?

Un locataire qui a signalé par écrit une fuite ou une infiltration ne peut pas se voir imputer les dégâts qui en découlent si le bailleur n’a pas réagi.

Exemples courants

Constat Plutôt usure normale / vétusté Plutôt dégât locatif
Murs Peinture légèrement défraîchie, petites traces au niveau des interrupteurs Trous multiples non rebouchés, peinture d’une couleur non autorisée, traces de griffures
Sols Parquet terni dans les passages, moquette tassée Brûlure, tache incrustée, rayures profondes, lame gonflée par l’eau
Sanitaires Émail légèrement mat, joints anciens fissurés Lavabo fêlé, joints noircis faute d’entretien, calcaire non traité
Menuiseries Jeu normal dans les charnières Poignée arrachée, vitre fêlée, porte enfoncée
Équipements Panne liée à l’âge de l’appareil Hotte jamais nettoyée, plaque de cuisson rayée par un usage inadapté

Ces exemples sont indicatifs : chaque situation dépend de l’état d’entrée, de la durée du bail et des clauses du contrat.

La place des petits trous

Les trous de cheville sont l’exemple type des désaccords. En pratique, quelques fixations raisonnables pour accrocher des cadres sont souvent considérées comme relevant d’un usage normal, surtout après un bail long. Des dizaines de trous, des fixations lourdes ou des trous mal rebouchés sont plus facilement retenus comme dégâts. Le bail peut aussi prévoir des règles particulières.

Chiffrer une indemnité juste : tenir compte de la vétusté

Une fois le dégât établi, reste à le chiffrer. Le principe est que le bailleur doit être indemnisé de son préjudice réel, sans s’enrichir. Facturer une peinture complète neuve sur une peinture qui avait déjà huit ans reviendrait à faire payer au locataire une rénovation que le temps aurait de toute façon imposée.

D’où la pratique de l’abattement pour vétusté : l’indemnité est réduite en fonction de l’âge de l’élément et de sa durée de vie habituelle. Il n’existe pas de grille légale unique en Belgique ; les experts s’appuient sur des durées de vie usuelles (peinture, revêtements de sol, équipements…) et sur leur appréciation.

Une méthode lisible pour chaque poste :

  1. Décrire le dégât (nature, localisation, étendue) ;
  2. Chiffrer la remise en état (quantité × prix unitaire, ou forfait justifié) ;
  3. Appliquer l’abattement de vétusté selon l’âge de l’élément ;
  4. Totaliser poste par poste.

Un chiffrage détaillé de ce type est beaucoup plus facile à accepter qu’un montant global, et il tient mieux devant un juge.

Ce qui évite les litiges

  • Un état des lieux d’entrée précis, qui documente les défauts existants (voir nos règles par région) ;
  • des photos rattachées à chaque élément, à l’entrée comme à la sortie ;
  • une qualification explicite de chaque différence (dégât, usure, vétusté) ;
  • un chiffrage poste par poste, avec une grille de prix cohérente d’un dossier à l’autre.

Pour la conduite du constat de fin de bail, voir aussi notre guide de l’état des lieux de sortie.